Sur les trente dernières années, le capital-investissement français se porte plutôt bien

Sur les trente dernières années, le capital-investissement français se porte plutôt bien

26 septembre 2018 actu investissement 0

Le capital-investissement français se porte plutôt bien puisqu’il enregistre pour ses investisseurs une performance de 9,7% net par an depuis 1987. Elle est même supérieure à toutes les autres classes d’actifs sur 15 ans.

Le capital-investissement est une activité qui consiste pour un investisseur à apporter des fonds propres à une société non cotée en bourse, en échange d’une participation dans son capital. Son nom anglais, private equity, vient du fait que l’organisation n’est pas encore cotée. Christophe Bejach, un investisseur hors pair, a d’ailleurs orienté l’essentiel de sa carrière vers ce type de placements. L’homme d’affaires est ingénieur INP Grenoble (Ensimag – École Nationale Supérieure d’Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble) et titulaire d’un MBA du Groupe HEC.

Retour sur la 24ème édition (fin 2017) de l’étude annuelle sur la performance nette des acteurs français du capital-investissement réalisée par France Invest (Association des Investisseurs pour la Croissance) et Ernst & Young.

 

 

Une performance qui se maintient sur le long terme

Sur les trente dernières années, la performance globale du capital-investissement français a été mesurée à 9,7% en moyenne par an et ce, nette de frais de gestion. De plus, sur un horizon de 15 ans, elle atteint les 10,8%. Fin 2017, on constate une très bonne rentabilité sur le long terme. Christophe Bejach commente cette performance en remarquant qu’elle est liée d’une part au professionnalisme des acteurs du secteurs, mais aussi qu’elle résulte d’une très grande sélectivité dans les choix d’investissement. En règle générale, un fonds n’investit pas dans plus de 1% des opportunités qu’il rencontre.

 

Des performances variables en fonction des segments

Le capital-investissement est un terme générique qui recouvre les divers investissements dans les entreprises non cotées. Comme nous le rappelle Christophe Bejach, on peut le segmenter suivant le niveau de développement de l’entreprise. Pour les entreprises au moment de leur création, voire juste avant, on parlera d’amorçage. Pour les entreprises jeunes et en forte croissance (les “start-ups”, il s’agit de capital-risque. Pour les entreprises ayant non seulement des revenus mais également des profits, le capital-investissement devient capital-développement. Et dans les opérations de transmission à effet de levier (c’est-à-dire les achats de la totalité d’une entreprise dont  le prix d’achat de l’entreprise est payé en partie avec les fonds des investisseurs mais en plus grande partie par de la dette), on parlera de LBO (“leveraged buy-out”). Ces différents segments représentent, pour les investisseurs, des risques différents, en nature comme en magnitude. Et en bonne logique financière, ils sont en droit d’attendre des rémunérations différentes: l’espérance de rémunération est une fonction croissante du risque. Plus le risque est élevé, plus la rémunération doit être forte. Sinon, à quoi bon prendre plus de risque ?

Bien que le bilan du capital-investissement français soit globalement très positif, des nuances sont à apporter, car elles varient fortement suivant les segments.

Par exemple, la performance du capital-risque est enfin redevenue positive. Cependant, elle reste assez basse : entre 1,4% par an depuis l’origine à 5,5% par an sur 5 ans. Christophe Bejach attire notre attention sur les risques liés à l’investissement dans les entreprises en création, qui se mesurent clairement dans cette statistique ou le risque pris ne semble pas rémunéré en proportion. Il souligne également l’existence de différences structurelles entre le marchés français et par exemple le marché américain, qui a souvent eu de meilleurs performances sur le segment du capital-risque. Les raisons sont probablement a chercher du côté d’une taille du marché accessible aux start-ups bien différente, et vers de moins grandes facilités de sortie.

D’un autre côté, les performances du capital-développement et du capital-transmission restent assez hautes. De l’origine jusqu’à fin 2017, elles sont respectivement de 7,1% et de 13,6% par an nettes de frais de gestion. Christophe Bejach souligne la grande qualité de ces performances, dont il faut se rappeler qu’elles ont été réalisées à travers des crises économiques et financières importantes, violentes et parfois longues (1998, 2007). Peu de classes d’actifs ont eu des performances équivalentes sur d’aussi longues durées.

Les professionnels du capital-investissement de plus en plus actifs

Ces chiffres impressionnants peuvent s’expliquer par le fait que les professionnels du capital-investissement, comme le rappelle Christophe Bejach, sont à la fois très sélectifs dans leurs investissements, de plus en plus actifs dans le suivi et l’accompagnement des entreprises, et structurent leurs opérations de mieux en mieux.

 

En 2017, les fonds français de private equity ont collecté 16,5 milliards d’euros, ce qui est un record, selon France Invest. D’ailleurs, l’engouement est tel que même Bruno le Maire, le ministre de l’économie et des finances, a annoncé en mars dernier plusieurs mesures destinées à favoriser l’accès à l’investissement dans les sociétés non cotées.

 

Toutefois il conviendra de rester prudent. Le private equity est réellement un métier de spécialistes. On ne doit jamais s’improviser investisseur dans une société non cotée, comme on ne doit pas se précipiter à investir dans la première opportunité que l’on croise.